Mots-clés : recherche qualitatives, capitalisation, analyse secondaire,
logiciels d’analyse du discours.
Synthèse de la Communication réalisée
:
L’objet de cette communication porte sur la capitalisation des données
qualitatives d’entretiens d’enquête en vue d’une ré-utilisation.
Cette pratique qui se développe dans le monde scientifique anglo-saxon
depuis les années 1990 d’abord aux Etats-Unis (Centre Murray)
(Corti, Thompson, 2004), est en revanche peu présent en France.
Le GRETS, groupe de recherche en sciences humaines et sociales de la R&D
de EDF, est actuellement un lieu pionnier en France pour mener systématiquement
cette entreprise de capitalisation d’entretiens sociologiques à
des fins de ré-utilisation.
Ces nouvelles manières de gérer les données qualitatives
en Sciences Humaines et Sociales imposent trois types de questionnements d’ordre
épistémologique : d’abord, le statut de ‘données’
qualitatives est à ré-examiner. Ensuite, il y a lieu de se demander
si une analyse peut-elle être close définitivement. Enfin, la
capitalisation et la ré-utilisation des données qualitatives
implique la constitution de corpus ouverts et réflexifs.
Nous présentons ici les résultats de ces expériences
menées par les chercheurs du GRETS et qui portent d’une part
sur la capitalisation des données qualitatives et d’autre part
sur la ré-utilisation de ces données.
En ce qui concerne d’abord l’expérience de capitalisation,
le projet VERBATIM initié en 1998 (Le-Roux, Vidal, 2000a,b), consiste
en une base de données qui contient actuellement 70 études menées
au GRETS de 1994 à 2001, et comportant totalement 720 entretiens. Cette
base se consacre non pas seulement à l’archivage des données
brutes (entretiens), mais aussi de tout l’environnement qui permet de
comprendre les conditions de collecte de ces matériaux, leur contextualisation
et leur interprétation par les chercheurs (guides d’entretien,
signalétique, grilles d’analyse, rapports, notes, etc). Le développement
de cette base a posé plusieurs problèmes sur les plans déontologique,
méthodologique, juridique auxquels on a tenté de répondre
par des moyens techniques (accès aux données selon des conditions,
confidentialité, anonymisation, etc). Une telle expérience pose
également le problème de son acceptabilité par les sociologues
et elle induit de nouveaux modes de travail (travail collaboratif, pluridisciplinarité,
assistance automatisée à l’analyse, etc).
En dépit des difficultés liées à la capitalisation,
le projet s’avère être d’une grande importance, dans
la mesure où il permet la préservation, le partage et la ré-utilisation
de données en vue de nouvelles perspectives d’études ou
en vue d’études diachroniques sur des objets précis.
La question de ré-utilisation des données qualitatives est communément
connue en termes d’ « analyse secondaire » : pratique développée
dans le monde anglo-saxon et surtout dans le domaine de la Santé, elle
se trouve souvent liée à la Grounded Theory. En tentant de définir
ce concept, il s’agit de la ré-exploitation des données
qualitatives capitalisées, afin d’étudier de nouvelles
questions, d’affiner, de vérifier, de comparer, d’observer
l’évolution d’un objet, de préparer une nouvelle
recherche (Heaton, 1998, Santacroce et al., 2000).
Certes, une telle ré-utilisation des données ne saurait être
effectuée sans le respect de précautions méthodologiques
afin d’assurer la fiabilité des résultats obtenus. Parmi
les mises en garde, il s’agit de questionner : la compatibilité
des données ‘primaires’ avec les objectifs de l’analyse
secondaire, le statut de l’analyste ‘secondaire’, les limites,
les problèmes éthiques, la qualité des données
disponibles, la documentation sur le contexte de recherche, le caractère
explicite de la recherche initiale dans le rapport de l’analyse secondaire.
Les analyses secondaires réalisées au GRETS à partir
de 2000 environ adoptent une perspective appliquée et méthodologique.
Il s’agit ainsi de répondre à des problématiques
précises de l’entreprise (par exemple, ‘le stress au travail’,
‘représentations et pratiques relativement au confort thermique’,
etc.) mais aussi de mener une réflexion méthodologique quant
aux modalités de réalisation des analyses secondaires. Quant
aux précautions respectées en vue de la fiabilité des
analyses réalisées, une importante attention est accordée
à la constitution du corpus qui souvent se fait en collaboration avec
les chercheurs ayant mené les études initiales ; de même,
une étude minutieuse des limites de recherche est menée et qui
porte souvent sur les problématiques, les situations de recherche,
la constitution des échantillons, les conditions d’énonciation
de thèmes examinés.
Les analyses secondaires menées au GRETS sont spécifiques en
ce qu’elles utilisent des recherches initiales avec des problématiques,
des populations, des méthodologies très variées ; de
même, un très grand nombre de recherches initiales sont ré-utilisées,
à l’opposé des analyses secondaires habituelles se limitant
à un petit nombre de recherches initiales. Au niveau du traitement
des données, plusieurs logiciels sont utilisés, dont ALCESTE,
TROPES, Atlas-Ti., issus de courants différents (CAQDAS, Analyse du
Discours), et permettant de répondre à différentes questions
empiriques. Enfin, l’interprétation des résultats se fait
souvent selon une démarche réflexive et inscrite dans une pratique
collaborative (Dargentas, Le-Roux, 2005).
La capitalisation et la ré-utilisation des données qualitatives
dans ce contexte de recherche constituent des pratiques qui doivent encore
évoluer relativement à la diversité des pratiques qualitatives
et des pratiques sociologiques. De même, une réflexion plus rigoureuse
du concept de l’Analyse Secondaire est menée relativement à
son statut, à sa typologie et à des traditions herméneutiques.
Enfin, à partir de notre expérience nous avons ouvert un débat
avec l’équipe PACTE-CIDSP (Politiques publiques, ACtion politique,
TErritoires - Centre d’Informatisation des Données Socio-Politiques)
de Grenoble, de réflexion sur ces aspects, et de leur faisabilité
et intérêt au sein de l’espace français des sciences
humaines et sociales. Nous tentons notamment d’explorer les questions
suivantes : Quelle est la définition d’un corpus d’étude
? Quelle est la portée des analyses secondaires sur le plan scientifique
? Sont-elles compatibles à la démarche qualitative et à
la pratique de recherche en sciences humaines et sociales ? Quelles pratiques
de recherche ces démarches favorisent-elles ?
Bibliographie :
-Corti, L., Thompson, P. (2004). Secondary analysis of archived data. In
Seale, C., Gobo, G., Gubrium, J., Silverman, D. (Ed.). Qualitative Research
Practice (p.327-343). London: Sage Publications.
-Dargentas, M., Le Roux, D. (2005). Potentials and Limits of Secondary Analysis
in a Specific Applied Context: The Case of EDF—Verbatim. Forum:
Qualitative Social Research, 6(1). http://www.qualitative-research.net/fqs-texte/1-05/05-1-40-e.htm.
-Heaton, J. (1998). Secondary Analysis of qualitative data. UniS –
Social Research Update, Issue 22. http://www.soc.surrey.ac.uk/sru/SRU22.html
-Le-Roux, D., Vidal, J. (2000). Verbatim : Qualitative Data Archiving
and Secondary Analysis in a French Company. Forum: Qualitative Social
Research, 1(3). http://www.qualitative-research.net/fqs-texte/3-00/3-00rouxvidal-e.htm
-Le-Roux, D., Vidal, J. (2000b). Verbatim : Une expérience
de capitalisation d’entretiens qualitatifs. Bulletin de Méthodologie
Sociologique, no 65, p.58-67.
-Santacroce, S. J., Deatrick, J. A., Ledlie, S. W. (2000). Secondary Analysis
of Qualitative Data: A Means of Collaboration in HIV-Related Research. Journal
of the Association of Nurses in AIDS Care, Vol.11, no 3, p.99-104.
Voici quelques illustrations de la présentation power point
réalisée, commentée au cours du colloque:






