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Ressources - Ressources d'un Evénement

Ressources / Tous les Evénements / Description d'un Evénement / Ressource complémentaire

Colloque Sources et Ressources pour les Sciences Sociales
Ressource complémentaire : L’expérience de la revue « d’ethnographiques.org » : la diffusion des connaissances en anthropologie par le biais des T.I.C
L’expérience de la revue « d’ethnographiques.org » : la diffusion des connaissances en anthropologie par le biais des T.I.C
Sophie Chevalier
, Maître de conférences en ethnologie, Université de Franche-Comté, Co-directrice d’ethnographiques.org
En collaboration avec Pierre Floux, Doctorant, INA-PG (ABIES)/ENSMP (CSI), Membre fondateur d’ethnographiques.org


Nous nous proposons de présenter l’expérience de la revue en ligne ethnographiques.org dont le premier numéro est paru sur Internet en avril 2002. Ce premier bilan nous semble s’imposer au moment où un organisme comme le CNRS encourage fortement la création et/ou le passage de revues scientifiques d’une version papier à une version électronique.
Nos réflexions porteront tout d’abord sur les étapes qui ont conduit à la création de notre revue, à la mise en place de cette articulation entre texte, son et image, et enfin aux nouvelles interrogations qui se posent à nous après trois ans d’expériences et sept numéros publiés.

 

Une histoire individuelle et institutionnelle

La revue est née d’une initiative étudiante, de quelques doctorants en ethnologie de l’Université de Franche-Comté à Besançon en 2001, auxquels s’est associée une enseignante, moi-même (avec le soutien de mes collègues).
Les ethnologues de Besançon, qui sont en minorité dans un département de sociologie, entretiennent des relations depuis longtemps avec l’Institut d’ethnologie de Neuchâtel. Il était donc « naturel » de solliciter nos collègues au-delà du Jura. Cette association transfrontalière semblait aussi pouvoir nous aider à multiplier les sources de financements. Peu à peu va se mettre en place une organisation qui comporte un comité de direction bi-national, composé de deux rédacteurs en chef – Thierry Wendling à Neuchâtel et moi-même, Sophie Chevalier, à Besançon -encadrés par un comité de quinze doctorants et jeunes enseignants/chercheurs. Le comité de lecture est évolutif, puisque chaque article est donné à lire à des spécialistes du sujet sans qu’ils participent au fonctionnement-même de la revue ; procédure qui nécessite à chaque fois, la mise en œuvre d’un réseau. Cela permet de souligner la dimension « professionnalisante » de notre projet pour les doctorants qui y participent. En lien avec l’idéologie d’internet, en particulier la démocratie, il nous a paru important d’avoir un comité de direction démocratique et quasi dépourvu de hiérarchie. Les décisions sont donc discutées en commun lors des réunions.
Malgré des préjugés communs, monter une revue en ligne n’est pas nécessairement bon marché, encore moins gratuit ! Il a fallu donc rechercher des fonds auprès de partenaires institutionnels, d’abord auprès de nos universités respectives, puis en jouant de la dimension transfrontalière. Tout d’abord, nous avons négocié un hébergement pour notre site avec une adresse indépendante – nous sommes hébergés sur le site de l’Université de Franche-Comté ; puis, avec l’aide de la région, nous avons réussi à créer un « Contrat Emploi Solidarité » (C.E.S) qui permet de salarier le webmaster, condition indispensable à la viabilité de notre projet. Notre employé a trouvé place dans un laboratoire de l’Université spécialisé dans les T.I.C. Ensuite, nous avons exploité tous les filons des institutions transfrontalières comme la C.T.J (« Conférence Trans-jurasienne ») ou C.L.U.S.E (« Convention Liant des Universités de l’Est de la France » avec des universités de Suisse Romande) etc.. Enfin, nous bénéficions aujourd’hui d’un financement important dans le cadre du programme européen de développement transfrontalier, « Interreg IIIA France-Suisse », qui assure notre développement et notre pérennité pour les trois prochaines années. Il nous a aussi permis d’embaucher un secrétaire de rédaction à mi-temps à l’Université de Neuchâtel (nous avons donc deux employés rémunérés pour la revue, l’un à Besançon et l’autre à Neuchâtel). Jusqu’à présent nous publions une revue semestrielle (dirigée par deux personnes du comité), des comptes-rendus d’ouvrages et de sites.

 

Qu’est-ce qu’une revue en ligne ? Les enjeux

Dès le départ de ce projet franco-suisse, la création d’un nouveau média semblait à ses fondateurs particulièrement appropriée au renouvellement de la description ethnologique. Le souhait des acteurs de la revue, par comparaison avec les autres périodiques en ligne, est de tenter d’innover dans le domaine des T.I.C. appliquées au champ des sciences humaines et sociales en éditant des articles qui combinent textes, images et sons.
De plus, la dimension socio-politique d’internet, gratuité d’accès, démocratie et large diffusion, semblait très séduisante pour lancer une revue.
On peut en effet, distinguer trois tendances distinctes dans l’usage de ce média : celle des revues papiers classiques qui ne diffusent sur Internet que le rappel de leurs sommaires ou des résumés (ex. Terrain) ou qui reproduisent en ligne, sur des sites hôtes et sans aménagement particulier, le contenu de leurs numéros imprimés (ex. L’Homme). Enfin, on peut citer les revues nouvellement créées qui n’éditent leurs publications périodiques que sur Internet. Celles-ci n’apparaissent cependant que comme de simples parutions électroniques de textes qui ne gagnent rien par rapport à une édition papier.
Cela rappelle ce que deux chercheurs britanniques, D. Miller et D. Slater racontent, dans leur ouvrage « The Internet. An ethnographic Approach », sur la naissance du e-commerce : soit les sites reproduisaient les publicités sur papier, et donc n’utilisaient pas les potentialités du médium ; soit les constructeurs perdaient de vue l’objectif commercial. De façon intéressante, ils montrent aussi comment le e-commerce va transformer à la fois l’usage d’internet et les pratiques commerciales. Il nous semble que cet exemple pourrait être transposé et alimenter la réflexion dans le domaine de l’édition en ligne.
Ainsi, dès le départ, nous avons opté pour l’élaboration d’un site par des professionnels : un graphiste et un webmaster. Ensemble, nous avons pensé l’ergonomie du site, la « mise en page » des textes (découpage des articles), la façon de les lier aux images et aux sons. La charte de la revue et les notes aux auteurs concrétisent cette réflexion.
L’accent est mis sur des contributions qui reposent sur une base empirique, soit sur un terrain d’enquête ethnographique, soit de disciplines proches sensibilisées aux études empiriques (sociologie, géographie, histoire, etc.). Les contributions peuvent ainsi être accompagnées d’images, photographiques et filmiques, et de sons qui ne soient pas uniquement des illustrations « plaquées » sur du texte. Car une des ambitions est de conduire les auteurs, et nous avec, à repenser le rendu du terrain ethnographique : le texte suffit-il à rendre compte de la complexité de toute réalité ? Qu’est-ce que la représentation dans notre discipline ?
Depuis les images de Rivers au XIXème siècle, les photographies de Boas, Malinowski, ou encore celles de Mead et Bateson, plus encore aujourd’hui avec la diffusion des appareils numériques, chacun d’entre nous, sur son terrain, peut tenir le rôle de photographe, de cinéaste et de preneur de son. Or, ces documents visuels et sonores s’effacent habituellement dans la production ethnologique devant le travail de l’écriture qui est nécessaire à la structuration de la pensée et à la communication de celle-ci ; l’écrit qui seul possède une légitimité scientifique dans notre discipline. Cette limitation de l’expression ne nous semble plus satisfaisante pour rendre compte des aspects non seulement sociaux et culturels, mais aussi cognitifs et émotifs des êtres humains en société. De même, elle nous semblait participer au déclin de notre discipline comme outil de diffusion de la présentation compréhensive et analytique d’autres cultures, dans une société comme la nôtre où l’image et le son jouent un rôle de plus en plus important. Bien sûr un des obstacles au développement des images pour aider les sociologues et les anthropologues à découvrir autrement la réalité réside dans les difficultés et les coûts d'une publication papier. Cependant, cet « élargissement » aux images et aux sons ne doit pas se faire au détriment de la qualité scientifique des contributions.
Il nous semblait aussi que les anglo-saxons avaient une longueur d’avance sur nous dans cette réflexion et qu’il était temps d’avoir une revue en ligne francophone.
Notre « lectorat » découvre notre revue soit grâce à notre newsletter envoyée à des centaines de personnes, soit grâce aux moteurs de recherche ; il est localisé géographiquement dans tout le monde francophone – comme le montre la diversité des articles spontanés que nous recevons chaque semaine. Dans la constitution d’un numéro, nous essayons d’avoir une visée pédagogique (mais aussi de ‘marketing’) :
• De mélanger des textes d’auteurs reconnus et de débutants, les premiers servant de «produits d’appel».
• Des entretiens permettent de comprendre des itinéraires intellectuels et des positions dans le champ disciplinaire.
• Des traductions inédites.
• Les responsables des numéros sont rattachés à des laboratoires et souvent à des courants différents de notre discipline. Cela permet de rendre compte des diverses tendances qui traversent les sciences sociales.
Après trois ans d’existence, quel bilan peut-on tirer de cette expérience ?


Bilan et perspectives : comment allez plus loin ?

Tout d’abord, l’expérience d’un nouveau média est aussi celui de nouvelles contraintes, surtout techniques : le découpage des textes doit répondre à des critères différents de ceux de l’imprimé, mais propre à la lecture sur un écran ; le poids des images, mais aussi le problème des droits, oblige à en limiter le nombre – pour les photographies – et la longueur des extraits – pour les films.
Au fil des numéros, nous nous sommes confrontés à d’autres problèmes et posés d’autres questions auxquelles nous n’avons d’ailleurs pas toujours de réponse. Ainsi, si nous utilisons les potentialités du média, peut-on admettre que les articles soient évolutifs ? Les auteurs peuvent-ils intervenir sur leur contribution après la première mise en ligne ? Peuvent-ils ajouter, retrancher ou faire « évoluer » leur matériel ethnographique ? Nous avons opté pour l’instant par la négative, tout en laissant la question ouverte.
Il y a aussi l’immense problème des droits sur les textes bien sûr, mais surtout des images et des sons ; comment protéger les auteurs d’une circulation et utilisation « anarchiques » ? Comment se prémunir contre des réclamations non seulement d’auteurs d’images, mais aussi en lien avec les droits à l’image de la personne ? Si dans l’édition écrite, les règles juridiques sont « fixées », la situation est plus floue sur internet comme le montre les récentes attaques au « hasard » des majors du disques en France. Nous tentons de nous protéger en incrustant les photographies, par exemple ; mais il nous est difficile d’avoir une politique générale et systématique dans ce domaine.
La temporalité d’une revue en ligne est différente de celle d’une revue papier : le sommaire doit changer rapidement pour attirer les lecteurs et être « présent » pour les moteurs de recherche. Nous avons décidé d’augmenter la fréquence de nos publications, et de mettre en ligne immédiatement les comptes-rendus, par exemple. Parmi les numéros publiés figureront des Actes de colloque, soit organisés par l’un de nous (par exemple notre futur numéro 8) soit à la demande d’un chercheur extérieur à notre comité (ce qui sera le cas pour le numéro 11).
Le financement « Interreg IIIA » va également nous permettre de transformer le site, de le mettre en dynamique : recherche par mots-clefs (création d’un moteur de recherche) ; création d’un forum de discussions ; refonte de la charte graphique afin de correspondre aux habitudes « ergonomiques » des internautes. Notre réflexion sur les relations entre textes et images se poursuit : nous consacrons un colloque international durant l’automne 2006 à Neuchâtel, avec une partie à Besançon.
Au-delà de cette rapide et succincte énumération, cette réflexion dépasse le simple cas de la revue : elle concerne la diffusion des connaissances en sciences humaines et sociales, les formes et le statut des matériaux et des analyses mises en ligne, la dimension socio-politique d’un média comme Internet qui se veut gratuit et « démocratique ». Et cette réflexion n’en est qu’à ses débuts…

Pour les lecteurs intéressés, voici quelques liens directs à certains articles de notre revue qui permettent de voir comment nous intégrons et articulons le texte, le son et l’image photographique et filmique :

• Images photographiques :
http://www.ethnographiques.org/documents/article/ArPlattet.html
http://www.ethnographiques.org/documents/article/ArCentlivres2.html

• Images filmiques :
http://www.ethnographiques.org/documents/article/ArPagRac.html

• Sons :
http://www.ethnographiques.org/documents/article/ArDallais.html

• Sons et images
http://www.ethnographiques.org/documents/article/ArGlardon.html



Ressource proposée par Mme Sophie Chevalier

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