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Articles - Consultation d'un Article

Analyse des facteurs anthropiques liés au Parc National des Îles Ehotilé en Côte d'Ivoire

Analyse des facteurs anthropiques liés au Parc National des Îles Ehotile en Côte d'Ivoire (1/2)

 

Résumé :

La valorisation des parcs nationaux et réserves naturelles de Côte d’ivoire constitue aujourd’hui une préoccupation majeure pour la conservation durable de la biodiversité. Le parc national des îles Ehotilé constitue en cela un riche patrimoine naturel qui mérite davantage d’action de surveillance, de préservation et de promotion de ses potentialités naturelles qui font de lui un site ramsar. Il jouie en outre d’une dimension culturelle particulière caractérisée par une relation historique et d’ancestralité matérialisée par des vestiges anthropiques dont les populations riveraines en sont les principaux artisans. Une exploitation conséquente des facteurs anthropiques liés au parc s’avère donc nécessaire pour en assurer une gestion optimale.

 

Mots clés: Analyse, Facteurs anthropiques, parc national des îles Ehotilé, Côte d’ivoire

 

Summary

The valuation of the national parks and the nature reserves of Ivory Coast constitutes a major preoccupation for the long-lasting preservation of the biodiversity today. The national park of islands Ehotilé establishes in it a rich natural heritage which deserves more action of surveillance, conservation and promotion of its natural potentialities which make of him a site ramsar. it benefits on top of a particular cultural dimension characterized by a historic relation and of ancestralité realized by anthropological vestiges the waterside populations of which are the main craftsmen. A consequent exploitation of the anthropological factors bound to the park thus turns out necessary to assure an optimal management.

Key words: Analyse, anthropological Factors, National park of islands Ehotilé, Ivory Coast

 

Introduction

iles ehotile, akaffou yao saturnin davy, facteurs anthropiquesLa question de la gestion et de la valorisation des parcs nationaux et réserves est une réalité très préoccupante à travers le monde entier dans le contexte généralisé de réchauffement climatique. La Côte d'Ivoire dans ce mouvement s'est engagée dans l'établissement d'un réseau d'aires protégées recouvrant toutes ses zones phytogéographiques. Le but de ce projet est de contribuer de façon durable, à la préservation et à la valorisation d’un échantillon représentatif de la diversité biologique nationale ainsi qu’au maintien des processus écologiques. Il s’agit en définitive de mettre en place un système de protection et de gestion efficace et durable des parcs nationaux et réserves tout en élargissant leur réseau. Toutefois, il convient de reconnaître que la gestion de ces aires protégées demeure entachée sur le terrain, de réelles difficultés. En effet, les parcs nationaux et réserves de Côte d’ivoire sont, malgré toutes les mesures mises en œuvre, victimes d’agressions et d’exploitation tout azimut de la part des populations riveraines. Ce récurrent problème de pressions anthropiques justifie l’impérieuse nécessité d’œuvrer au renforcement des moyens de protection et de sauvegarde du patrimoine naturel. L’OIPR (Office Ivoirien des Parcs et Réserves) multiplie à cet effet les actions en vue de trouver un système de gestion plus efficace. Entre autres stratégies adoptées, l’approche participative basée sur la responsabilisation et l’implication effective des collectivités locales dans la gestion des parcs et réserves est ainsi préconisée. Cette option a permis de mettre en route des projets à l’endroit des populations riveraines qui ont adhéré tant bien que mal aux initiatives de sensibilisation, de surveillance et de protection des ressources des parcs nationaux et réserves. Même si l’on peut noter certaines limites dans la pratique, il faut tout de même relever que cette stratégie a eu pour avantage réel de contribuer à freiner le pillage, l’exploitation anarchique et la destruction des ressources naturelles des aires protégées. Le constat qui se dégage est que la dimension humaine constitue une variable déterminante dont il faut savamment tenir compte dans la politique de gestion et donc de valorisation des parcs nationaux et réserves. C’est sur ce terrain de réflexion que nous nous proposons d’apporter notre contribution à la grande problématique de valorisation des parcs nationaux et réserves de Côte d’ivoire. Nous nous appuyons dans le cadre de cette étude, sur une analyse des facteurs anthropiques liés au parc national des îles Ehotilé en Côte d’ivoire. Ce travail s’articule autour d’un plan qui part d’une question de recherche à partir de laquelle nous allons effectuer notre analyse et tirer des conclusions.

 

Question de recherche

La crise politico-militaire que traverse la Côte d’ivoire a eu un impact non négligeable sur le patrimoine naturel du pays. Les problèmes économiques qu’elle a engendré ont pour conséquence la réduction, voire les indisponibilités financières pour le fonctionnement optimal des structures opérationnelles de gestion des aires protégées. Les difficultés de surveillance, de préservation et donc de gestion des parcs et réserves naturelles qui s’en suivent, viennent alors accroître la menace de dégradation et de disparition des espèces fauniques et floristiques. La quasi totalité des parcs nationaux et réserves de Cote d’ivoire est soumise à des pénétrations et exploitations illicites de leurs ressources de la part des populations riveraines.Ce pays possède pourtant huit parcs nationaux, deux réserves de faune et de flore et deux réserves naturelles intégrales, couvrant une superficie totale de 1969 450 hectares. De ces huit parcs, le parc national des îles Ehotilé est le plus petit du point de vue de la superficie (550 hectares). Cependant, il a la particularité de bénéficier d’impressionnantes potentialités naturelles dont les caractéristiques font de lui un site ramsar c’est-à-dire, une zone humide avec un écosystème à haute valeur de conservation de la biodiversité, inscrit sur la liste des sites en passe de devenir patrimoine mondiale. Mais en plus, il est l’unique parc en Côte d’ivoire dont la création a été suscitée par les populations locales elles-mêmes. Le décret portant création du parc indique que ce parc est crée en vue de la protection et de la conservation d’un ensemble de sites archéologiques (article 2 du décret n°74-179 du 25 Avril 1974 portant classement du parc). Cette double vocation à savoir, la conservation de la biodiversité et la conservation de sites archéologiques, fait du parc national des îles Ehotilé, un important terrain de recherche dont l’exploitation scientifique intéressent aussi bien les spécialistes des sciences de la nature que ceux des sciences de l’homme. Cela dit, développer une problématique relative à la valorisation de ce parc revient non seulement, à porter un regard critique sur les conditions de préservation et de gestion des richesses naturelles qu’il regorge, mais sans toutefois occulter sa dimension anthropologique car il s’agit bien de l’Homme qui, dans sa dynamique d’évolution, se trouve historiquement en interaction avec son environnement. Cet état de fait soulève la problématique du rapport dialectique homme-environnement, mais en particulier populations-parcs nationaux et réserves. En effet, les parcs et réserves naturelles représentent d’importants domaines de conservation des milieux naturels, de la faune, de la flore terrestre et aquatique. Ils contribuent de ce fait, au maintien de la diversité biologique et des processus écologiques contre toute forme de dégradation. La gestion de ces aires protégées répond ainsi à un véritable enjeu de préservation et de valorisation des ressources naturelles. Mais en même temps, les parcs et réserves naturelles constituent des milieux naturels avec lesquels les populations riveraines partagent, depuis bon nombre d’années, leur vécu quotidien. Le parc national des îles Ehotilé nous intéresse parce qu’il regorge d’importants vestiges et donc bénéficie de riches données historiques et culturelles. Les fouilles effectuées par Jean Polet en 1975 ont relevé que le parc contient encore d’importants vestiges anthropiques. De nouvelles fouilles sont d’ailleurs à envisager sur les îles de Nianmouin et Balouaté ayant déjà fait l’objet de fouilles et doivent également s’étendre à la totalité des sites. Tous ces éléments archéologiques qui sont de véritables atouts pour une autre approche du parc découlent de la coexistence historique des populations riveraines d’avec le parc. Ils constituent de ce fait un important vivrier dont une connaissance objective et une exploitation judicieuse contribuerait assurément à la valorisation du parc. Mais qu’en est-il aujourd’hui de toute cette richesse ? Quel est l’impact de l’homme sur ce milieu naturel ? En claire, quels sont les rapports qu’entretiennent les populations riveraines avec le parc et quelles en sont les implications ?

Ces interrogations majeures ont été soumises à l’épreuve du terrain sur la base du postulat selon lequel :

Les populations riveraines entretiennent avec le parc national des îles Ehotilé, un lien historique et d’ancestralité qui a des implications socioculturelles et environnementales.

La véracité de cette hypothèse a été testée à partir d’une démarche qu’il importe de préciser.

 

II- Méthodologie

Pour entreprendre cette étude, avons utilisé une méthode qui nous a naturellement, fait recourir à un matériel de travail.

 

II-I- Méthode

Notre étude a été menée suivant une approche systémique. La systémique permet d’aborder les problèmes et les situations dans une vision globale. Dans sa méthode, la systémique tient compte de la multiplicité des éléments du système, de leur complexité, de leurs interactions et interrelations, du dynamisme du système et de son évolution. En nous inspirant donc de cette vision, nous avons collecté les données suivant deux étapes :

- la recherche documentaire

- l’enquête de terrain

 

II-I- 1- Recherche documentaire

iles ehotile, akaffou yao saturnin davy, facteurs anthropiquesLa recherche documentaire a porté sur les études et travaux de recherche effectués sur la question de gestion et de préservation des parcs et réserves naturelles en général. En particulier, nous nous sommes intéressés aux écrits qui concernent le parc national des îles Ehotilé et les peuples de la région.

On retiendra dans l’ensemble que la plupart des travaux effectués ont insisté sur la description des potentialités naturelles du parc ; études relevant du domaine des sciences de la nature pour la plupart. Aussi, dans une perspective historique, des études sur les réalités socioculturelles des peuples de la région ont-elles été abordées.

Partant de ce fait, nous nous sommes plutôt attelé dans cette étude, à mettre en rapport les populations riveraines au parc national des îles Ehotilé. Cela a nécessité une enquête de terrain pour mieux nous en enquérir des réalités.

 

II-I- 2- Enquête de terrain

L’enquête de terrain s’est effectuée fidèlement à notre objectif de recherche, à savoir : analyser les facteurs anthropiques liés au parc national des îles Ehotilé. Nous avons pour se faire, procéder à une prospection sur le terrain de recherche.

 

II-I- 2-1- Prospection sur le terrain de recherche

La première étape à consisté à rentrer en contact avec des personnes ressources, notamment les autorités administratives, villageoises et coutumières de la région et particulièrement le Directeur du parc national des îles Ehotilé. Cela a permis de trouver une plate forme de collaboration dans la réalisation de l’étude afin de nous enquérir des réalités du terrain.

La seconde étape a été consacrée à la prospection sur les îles du parc, notamment sur les îles Nianmouin, Balouaté, Assocomonobaha, Elouamin et Méa. Cette étape a permis de repérer des sites archéologiques et d’identifier des vestiges anthropiques présents dans le parc et sa zone périphérique.

 

II-I-2-2- Déroulement de l’enquête

II-I-2-2-1-Délimitation de la zone d’étude

Notre enquête a porté sur le parc et sa zone périphérique, notamment les cinq villages les plus proches qui sont tous ouverts sur la lagune bordant le parc. Il s’agit de : Mélékoukro, Etuessika, Assomlan, Ngalwa et Assinie.

II-I-2-2-2- la collecte de données

Pour collecter les données sur le terrain, nous avons essentiellement procédé par observation directe. De par notre présence effective dans le parc et dans les villages cibles, nous avons observé le comportement des populations à l’égard du parc dans la pratique de leurs activités.

A partir d’une série d’entretiens directs et semi-directs avec des personnes ressources, notamment les chefs de villages, les chefs coutumiers, les autorités du parc et les responsables des associations villageoises de surveillance du parc, nous avons pu recueillir les informations relatives à notre étude.

La collecte de ces données a été possible grâce à un support matériel ci-suivant énuméré.

II-I-2-2-3-Matériel de travail

a) Guide d’entretien

Le Guide d'entretien nous a permis de circonscrire nos échanges avec les personnes ressources dans une ambiance très relaxe pour recueillir des informations utiles pour notre enquête. Il a comporté une série de questions ouvertes relatives aux données historiques et culturelles de la région qui sont en rapport parc.

b) Une caméra numérique

Nous nous sommes servis une caméra numérique pour une illustration visuelle et vivante des données recueillies sur le terrain.

c) Un hors-bord

La Direction du parc nous a mis à disposition un hors-bord équipé d’un moteur de type YAMAHA qui a permis la traversée de la lagune Aby et l’accès aux différentes îles du parc. Notre équipage munis de gilets de sauvetages, était composé de sept personnes parmi lesquelles on compte trois agents de la Direction du parc (deux officiers, un sous-officier), deux guides locaux pris dans un village riverain (Assomlan), un étudiant pour filmer le parcours et prendre en photo les éléments observés sur terrain, nous-mêmes en qualité de chercheur principal.

Cette démarche méthodologique soutenue par ce matériel de travail nous a permis de collecter des données que nous allons soumettre à analyse.

 

I- Présentation des populations riveraines du Parc

iles ehotile, akaffou yao saturnin davy, facteurs anthropiquesLes populations riveraines du parc national des îles Ehotilé se composent essentiellement de trois grands groupes ethniques constitués en cantons. Il s’agit notamment du canton Ehotilé qui a pour chef lieu Etuéboué, siège de la chefferie, du canton Essouman qui a pour chef lieu à Assinie et les Adouvlais-Sohié ou N'zima avec pour chef lieu Tiapoum. A côté de ceux-ci, on note la présence des communautés non autochtones vivant autour du Parc et de la lagune Aby, notamment des Ghanéens, des Togolais et des Burkinabés.

Cependant, seuls les Ehotilé et les Essouma passent pour des propriétaires terriens qui manifestent une certaine possessivité du parc au nom d’un lien historique qu’ils partagent avec cet espace. Ainsi, les villages chez les Ehotilé comme les Essouma sont structurés en quartiers et se composent de plusieurs unités sociales unies par des liens de parenté, des liens historiques ou par la cohabitation sur le même territoire

Le Peuple Esouma tout comme le peuple Ehotilé est dirigé par une famille royale. C’est ce chef suprême qui détient un droit éminent sur tous les terrains des villages et lignages. Pour les Ehotilé, c’est la famillle Boinè installée à Epléman qui est la famille royale avec pour siège Etuébué (village centre des Ehotilé). Quant aux Essouma, c’est la famille d’Adjiri Peter, fondateur d’Assinie qui est désigné comme famille royale. Son siège se trouve à Assinie.

Le statut Roi ou Chef suprême s’acquiert par héritage suivant le système matrilinéaire. Ie Roi ou Chef suprême doit être issu du lignage le plus apparenté à l’ancêtre commun fondateur du royaume.

Le second niveau est celui du chef canton dirigé par les notables des villages. Ils représentent les cantons auprès de l’administration. Les populations exigent que les candidats soient lettrés.

Aujourd’hui les décisions des chefs cantons demeurent en général respectées à l’échelon traditionnel mais ils ne disposent plus d’aucune force de coercition dans l’administration moderne, les chefs collaborent avec le sous préfet pour mieux faire passer les messages.

Le mode d’accès aux terres varie selon qu’on est ivoirien ou étranger. En règle générale, l’accès à la lagune est libre pour les autochtones et les allochtones.

On relève cependant une territorialisation qui porte notamment sur les baies et les rives et, dans une moindre mesure, sur les hauts-fonds. A cela s’ajoutent les délimitations liées à la pêcherie crevettière, surtout, pratiquée par les Essouma. Celle-ci ne reçoit pas l’adhésion des Ehotilé, en raison d’une technologie prédatrice des filets de pêche, source de conflits inter-villageois.

En dehors des territoires définis comme domaines réservés des communautés villageoises, on peut relever la reconnaissance tacite des limites des eaux villageoises sans que celles-ci n’influent sur l’accès à la lagune. En somme, on assiste à une coexistence du droit d’usage territorial et du droit de propriété commune.

Cette organisation des peuples vivants dans la zone périphérique du parc nous amène à développer le postulat selon lequel,

Les populations riveraines entretiennent avec le parc national des îles Ehotilé, un lien historique et d’ancestralité qui a des implications socioculturelles et environnementales.

Article rédigé par M. yao saturnin davy akaffou, le 17/08/2009

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