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Articles - Consultation d'un Article

Les aspects de l'aménagement forestier au Gabon : cas de Rougier à Franceville

  • Présentation
 
Forêt Gabon L’un des objectifs de l’aménagement durable des forêts est la prise en compte des aspects socio-économiques au profit à la fois des villageois et de l’exploitant forestier. Les enquêtes sociales permettent de ce fait mesurer les effets des projets à mettre en œuvre sur les populations riveraines au CFAD[1]. Ces études prennent en compte les conséquences sur l’environnement social ainsi sur la santé des populations. Cette prise en compte des aspects sociaux dans tout processus d’évaluation environnementale est maintenant largement reconnue.
           
L’évaluation des impacts sociaux permet la prise en compte des aspects sociaux soulevés par la mise en exploitation d’une forêt par exemple. Cette évaluation est considérée comme l’une des voies permettant aux populations d’exprimer leurs opinions. Elle constitue une plate-forme pour une meilleure identification des enjeux sociaux, afin d’atteindre les objectifs du développement durable associés à l’aménagement forestier.
           
Pour ce qui est du cas du Gabon, l’analyse des aspects sociaux se limite encore trop à une simple description socio-économique de la zone affectée par le projet sans évaluer les impacts des activités forestières sur les populations. Les études socio-économiques qui sont réalisées ne proposent pas des mesures d’atténuation ou de renforcement de ces impacts. On note encore de nombreuses lacunes dans la méthode de collecte de l’information qui pourrait servir à identifier les véritables enjeux de l’aménagement forestier. Or, la prise en compte des enjeux tels que : la sécurité, le cadre de vie, l’héritage culturel ainsi que les questions relatives à l’emploi conduirait à une intégration consensuelle des préoccupations des populations vivant dans  ou en périphérie des concessions forestières.
           
Pour évaluer ces impacts, deux villages du Haut-Ogooué ont fait l’objet d’une étude : Kabaga-Bayie et Kassiélé situés à la lisière du CFAD de Rougier Gabon. Il s’agissait précisément de :
1. identifier les pratiques et savoirs traditionnels ; les personnes-ressources ;
2. cartographier les terroirs et finages villageois ;
3. évaluer la possibilité de création et de l’aménagement participatif d’un jardin botanique ;
4. évaluer la faisabilité d’un écovillage près du jardin botanique à mettre en place.
           
En d’autres termes, le but visé consiste à voir les conditions de faisabilité de certains projets collectifs dans ces différents villages. Ces projets sont à réaliser dans le cadre d’un partenariat entre Rougier Gabon et ses partenaires d’une part et les associations villageoises existantes (à Kabaga-Bayie) et celle à mettre en place à Kassielé 1 et 2 (à réactiver) d’autre part.
           
Il faut préciser que l’estimation du degré d’impact est faite selon l’importance accordée à la variable par les membres de la communauté rencontrée. Dans certains cas, les impacts positifs ou négatifs sont évalués selon le niveau de développement local avant l’implantation de la compagnie comparativement aux prévisions des projets à mettre en œuvre dans la région. L’analyse documentaire, les enquêtes de terrain et les observations sont des outils qui permettent d’aboutir à une telle évaluation.
           
Pour mener à bien cette étude l’implication des autorités locales est importante, voire vitale. Nous avons rencontré à cet effet, le Secrétaire Général de Province du Haut-Ogooué, les Préfets des Départements de Djouori-Agnili, Lékabi-Lewolo, Lékoni-Lékori et le Commandant de Brigade de gendarmerie d’Akiéni. Ces rencontres avaient pour objectif de signaler notre présence sur le terrain pour la pleine réussite de l’étude socio-économique relative à la gestion des ressources naturelles dans la zone d’emprise de la CFAD de Léké, et plus particulièrement dans les villages de Kabaga et Kassielé au Sud d’Akiéni.
  • Présentation des résultats et suggestions
               
Les résultats obtenus suite à la collecte des données sur le terrain permettent de présenter le profil socio-environnemental des personnes affectées pour une meilleure évaluation des effets futurs des projets potentiels à mettre en œuvre. Un profil socio-environnemental est considéré comme un référentiel précis et concis, constituant un cadre initial dont la fonction essentielle est de mettre en valeur les enjeux environnementaux pour les procédures d’évaluation environnementale.
           
C’est un outil de dialogue dont l’intérêt réside dans la méthode d’élaboration partenariale qui permet une appropriation de conclusions des discussions par les acteurs locaux. Il est indispensable pour hiérarchiser et afficher clairement les enjeux. Il constitue le point de départ pour l’évaluation environnementale des politiques et ainsi contribue à leur mise en cohérence.
           
La distance moyenne entre le village et les zones cultivées varie de 0 à 3 km. La taille des plantations est très variable (30 x 40 m) et les superficies ne sont pas entièrement couvertes par les cultures. Les cultures rencontrées sur ces sites sont le manioc, le tabac et quelques pieds d’ignames. On y trouve aussi du piment et divers légumes, mais en très petites quantités.
           
Les données sur le revenu moyen annuel des produits vendus ne nous ont pas été communiquées par les habitants du village, mais on peut supposer que ces revenus ne sont pas élevés. Il n’existe pas de véritable commerce en dehors des échanges dans le village et de la vente ponctuelle de café mais sans grande valeur économique. Les villageois s’en plaignent d’ailleurs. Mais le secteur de la caféiculture mérite donc des actions particulières de redynamisation, tout en s’appuyant sur le projet de la caisse café existant dans la région de Ngouoni
  • Types de produits cultivés
               
L’agriculture se résume donc à la production des tubercules de manioc qui est transformé en foufou dont une partie est vendue à Bongoville et l’autre autoconsommée au niveau du village. Mais au vu de la très faible productivité des plantations, les villageois s’approvisionnaient en foufou à Bongoville.
           
Les plantations sont faites loin du village afin d’éviter les actions destructrices des animaux domestiques, et notamment des moutons. Mais pour les villageois, la productivité est faible parce qu’une variété de manioc venue du Congo a « défertilisé la terre ». La mise en place des plantations-pilotes communautaires pourrait être une véritable solution pour ces populations qui sont vieillissantes. Ces plantations permettraient de freiner l’exode rural.
           
Dans la mise en place de ces projets, d’autres partenaires peuvent intervenir tel que le ministère de l’agriculture, la FAO[2], le FIDA[3] et IGAD[4]. Des formations adaptées aux différents niveaux sur la pratique d’une agriculture plus rentable et respectueuse de l’environnement peuvent être envisagées par des spécialistes du domaine.
           
La cueillette se résume à la collecte du nkumu (NS), des fruits, des produits médicinaux, faite dans la forêt ou dans la savane. En plus du nkumu, les villageois vendent des fruits d’atangatier (NS safoutier) cueillis derrière les cases (le fruit est vendu à 25 ou 50 francs l’unité selon sa qualité et sa grosseur). D’autres arbres fruitiers sont visibles derrière les cuisines (avocatier [NS], manguier [NS], oranger [NS], citronnier [NS], pamplemoussier [NS], corossolier [NS], papayer [NS]).
           
On peut donc conclure que les populations de ce regroupement dépendent fortement de la forêt dans leur vie de tous les jours, toutes leurs activités s’y déroulent : agriculture, chasse et cueillette. Pour eux la CFAD[5] est un supermarché où ils vont s’approvisionner quotidiennement.
  • Répartition de la forêt
               
La forêt est repartie par lignage de sorte qu’aucun lignage ne peut mettre une portion de la forêt qui n’est pas la sienne sans l’avis des propriétaires reconnus formellement de tous. Les populations de Bayie par exemple sont obligées, pour certaines activités (notamment le ramassage des chenilles), de repartir sur leur ancien site. Le lac est dans ce contexte d’appropriation lignagère gérée par les membres du lignage fondateur. Le chef de canton, membre de ce lignage, en est le gardien.
Traitement des outils
           
Dans le passé, avant les travaux champêtres, les outils étaient entreposés dans la case du ndjobi. Le but était d’éviter les accidents. Ce rite ne se pratique plus de nos jours que par certaines familles. Les interdits ont perdu beaucoup de leur force. On observe l’emploi de la hache, de la machette, de la tronçonneuse, de la houe.
  • La chasse
               
Tous les hommes valides du village pratiquent la chasse. La technique privilégiée est la chasse au fusil. A certaines périodes de l’année, les hommes vont pendant plus d’une semaine aux campements de chasse situés à plusieurs heures de marche du village. Les villageois pratiquent la chasse au fusil, au filet et aux pièges.
           
Les périodes de chasse sont à la fois flexibles et non flexibles. En effet, la grande chasse se fait pendant la saison sèche, de juin à fin août, voire même septembre. Mais cette activité est pratiquée quotidiennement. La pêche obéit plus ou moins à la même logique. Mais il y a des périodes pendant lesquelles la pêche est systématiquement faite : lors de l’arrivée d’une personnalité, d’une initiation ou avant le déplacement d’une personne du village. L’arrivée d’une personnalité est aussi l’occasion de grandes manifestations qui nécessitent souvent les départs en forêt.
           
Pendant les périodes des fêtes et même quotidiennement, les hôtels passent des commandes de viande de brousse aux villageois qui organisent des véritables battues dans la forêt. L’autre période est celle relative aux grandes cérémonies d’initiation aux rites traditionnels (ndjobi, lissimbou). Avant ces cérémonies, les hommes et les femmes vont également au campement chasser, pêcher et collecter d’autres produits forestiers non ligneux tels que l’owali servant à la fermentation du vin de palme et du miel. Toutes ces ressources sont puisées dans la forêt, et dans le cas d’espèce dans la CFAD.
Les espèces chassées et la pêche et la pêche
La chasse se pratique en utilisant des fusils, la technique du brûlis. La chasse au filet n’est plus guère pratiquée du fait de l’introduction du fusil. Les villageois posent également des pièges, mais surtout autour des plantations dans le but de protéger les plantations.
           
La pêche se pratique au lac Kayié situé à 45 minutes de marche du village. A certaines périodes de l’année, surtout en saison des pluies, les villageois pêchent dans les rivières proches du village. Ces espèces ne font l’objet d’une commercialisation intense. Les produits de la pêche sont prioritairement destinés à la consommation. Ils y chassent des anguilles, des brochets, etc.
Produits forestiers non ligneux[6]
 
           
Ces produits sont collectés pour nombreux d’entre eux dans la CFAD, surtout pour les essences de forêt. Ils sont composés de fruits, de racine, d’écorces divers et fort prisés par les villageois. Certaines essences de bois sont utilisées par les villageois pour la confection des objets aux usages divers
  • Cas de Kabaga-Bayie - Présentation historique et géographique
               
L’accès au village par la route Souba se fait par une piste sablonneuse longue de 38 km (praticable en toutes saisons), soit à 5 heures de marche à pied. On peut également y accéder en passant par Kassiélé. Les populations exigent d’ailleurs que des travaux y soient menés le plus rapidement possible. En fin de faciliter leurs déplacements vers les villes les plus proches (Bongoville, Akiéni, Lékoni, Ngouoni et Franceville), deux véhicules de marque Toyota avaient été offerts au village par le Président de la République, El Hadj Omar Bongo Ondimba. Ils sont Malheureusement en panne du fait de leur mauvaise utilisation par les jeunes du village. L’un des véhicules est actuellement en réparation à Franceville, aux frais des ressortissants du village employés dans les différentes administrations étatiques et privées.
           
L’impact colonial a joué un rôle très important dans la destruction d’anciens villages et en provoquant un déracinement des populations (Aubame 1947, Pourtier 1989). L’année 1958 correspond au regroupement des villageois aux abords des routes pour la mise en place, entre autres, des structures administratives (école, dispensaire, église). Le regroupement de Kabaga (la victoire en langue Téké) était composé avant cette période de « trois corps de gardes»[7]. Ceux d’Essié et Langwouo étaient particulièrement les plus importants. Ils étaient situés aux abords de la rivière Lakouna qui se jette dans le fleuve Lékoni.
           
Les villages Langwouo et Ngobouda étaient situés sur la rive droite et Essié sur la rive gauche. Après la mise en place de la route qui reliait Franceville à Okondja, ce groupement de villages a été implanté sur le site actuel qui était déjà habité par les habitants de l’actuel village Assiami (sur l’axe Ngouoni Akiéni). Plus tard, une famille de Pygmées dont le village était situé au fond de la vallée, va rejoindre le village Kabaga avant le déluge qui va engloutir leur village et le reste de la population. C’est à la suite de ce déluge que va se créer le lac de Kabaga. Ce lac est d’après la légende interdit d’accès aux Pygmées (voir Jean Jérôme Adam).
           
Ce lac est appelé aujourd’hui Kayié, dont le canton en porte le nom. Il est situé à 45 minutes de marche au nord-est de l’actuel regroupement Kabaga Bayie. Nous tenons à préciser que c’est le point d’eau le plus vaste de la zone (7 km de long d’après les villageois). Aujourd’hui le village Bayie s’est adjoint au village Kabaga pour donner naissance à un regroupement appelé Kabaga Bayie.
           
La légende sur le lac Kayié a été rapportée par un ancien archevêque de Libreville (Jean Jérôme Adam) d’après les récits collectés par le Père Biton vers 1920 auprès d’un ressortissant de la région. Il est probable que de nos jours les descendants de cette famille vivent actuellement à Kabaga-Bayie et Kassielé. Pour le chef de canton par exemple, sa famille est « née du lac ». c’est dire que ce lac joue un rôle prépondérant dans la vie des villageois. Il est sacré et symbolise les origines de sa famille maternelle du chef de canton. Il existe des endroits de ce lac interdits d’accès à tout individu.
           
Le lac est géré par des interdits environnementaux. Ce sont des véritables codes de conduite qui définissent la relation à un élément de l’environnement. Il est par exemple interdit d’y déféquer et d’y uriner. Par contre à la suite des pressions coloniales et les conséquences qui s’en étaient suivies, les populations s’étaient éloignées des lieux sacrés, les laissant sans repères pour la pratique des rites initiatiques tels que le Njobi et Moungala.
  • Nombre d’habitant
De nos enquêtes, il ressort que la population du village est jeune. Le village compte 44 habitants, dont 25 personnes dont l’âge varie entre 15 et 40 ans. Ces chiffres tiennent compte uniquement des personnes vivant au village durant la période des enquêtes. Il nous a été dit que certaines personnes étaient en déplacement pour des causes diverses (maladies, deuil, besoins de scolarisation des enfants).
  • Infrastructures
               
Il est important de signaler que de grandes infrastructures existent mais elles ne sont pas entretenues par les villageois, entraînant ainsi leur dégradation.
  • Les infrastructures sociales
               
Le village est doté d’une école publique en très bon état, composée de trois salles de classes et du bureau de la direction et des toilettes en très bon état. Elle est aussi dotée d’un terrain de football, de deux appartements d’un bon standing, construits en matériaux durables (briques) et meublés au niveau du séjour.
           
Cette école est fermée depuis deux ans (année scolaire 2004-2005). La raison évoquée par l’enseignant est l’insuffisance du nombre des élèves ; ils étaient 8 au total, tous les cycles confondus. Pour lui, c’était un motif suffisant pour justifier de sa fermeture. Il faut préciser que cet enseignant fait office de Directeur de cette école. Il faut par ailleurs préciser qu’il est payé par l’Assemblée départementale.
           
Le village est doté d’un dispensaire avec des logements des personnels soignants construits avec des matériaux durables. Un infirmier assisté d’un aide y est affecté. Le dispensaire est composé d’une salle de consultation, une salle d’observation, d’une salle servant de pharmacie et d’une salle pour les soins. Deux latrines en bon état sont visibles.
L’infirmier a déserté son poste de travail depuis deux mois. Son aide était absent du village pendant notre séjour. Il se trouvait à Bongoville pour toucher sa rémunération. Le dispensaire n’est pas approvisionné en médicaments. La raison évoquée par les villageois est le détournement des médicaments par l’infirmier, qui va jusqu’à les vendre aux villageois.
           
Nous n’avons malheureusement pu le rencontrer. En plus de cette raison, les difficultés liées à l’état de la route pourraient justifier cet abandon de poste.
           
Le village est équipé en électricité produite par des panneaux solaires. Mais nous tenons à préciser que certains (cinq au total) ont été volés par les jeunes du village privant de ce fait certaines maisons d’électricité. L’installation des panneaux est une opération faite en 2002 et leur vole en 2005. Un groupe électrogène alimentait également le village mais les pièces ont été dérobées « par les enfants du village » nous ont dit les anciens du village.
           
Le village était alimenté en eau potable obtenue grâce à une station de forage. Cette station n’est plus fonctionnelle depuis le vole des panneaux solaires qui faisaient fonctionner le système. Les villageois boivent soit l’eau de pluie, soit l’eau de la rivière qui se situe en contre bas (à l’est du village) à 1,5 km à peu près.
           
Il existe une salle d’écoute vétuste. Quelques cases du village sont éclairées par des panneaux solaires. Il est érigé un point de vente de quelques produits au village : pétrole lampant, vin, bière de marque regab, jus de fruit, boîte de conserve.
           
Le village est également doté de deux associations de danses traditionnelles : Mbali et Ngouata qui se produisent lors des événements tels que la visite d’une personnalité ou des différentes manifestations. Les biens et l’argent obtenus à l’issue de leurs prestations sont thésaurisés ou distribués entre les différents membres. Ils peuvent servir au renouvellement de leurs matériels (tambour, pagnes, etc.). En plus de cette solidarité manifestée dans ces différents groupes, ils s’entraident pendant les travaux champêtres. Cette solidarité est manifeste pendant les journées consacrées au nettoyage du village.
           
Il existe une association villageoise animée par les cadres du village habitant Franceville, Libreville et d’autre régions : Odjud’Omo (entraide en langue téké). Mais cette association ne semble pas avoir une grande emprise sur la vie des habitants. Les divergences liées à des problèmes de leadership  politique expliqueraient ce fait. Il nous a été rapporté qu’un conflit résultant de la guerre de leadership a opposé les jeunes notamment les cadres à certains vieux. Sa conséquence est l’exode rural avec des conséquences induites sur l’agriculture.
           
On peut alors dire que la cohésion au sein du village semble problématique. On le constate même entre villageois. Les habitants du deuxième hameau par exemple se sentent étrangers. Et pourtant le chef de regroupement est issu de ce hameau (Bayie). Les fonctions de chef de canton sont assumées par un membre du lignage fondateur du village (Kabaga). Des actions sont en train de voir le jour dans le but de faire oublier ces malheureux incidents.
           
Les associations traditionnelles d’intégration et de coercition sociales (ndjobi, moungala et lissimbou) n’existent plus dans ce village. Les conséquences d’une telle disparition sont : l’irrespect manifesté par les jeunes envers les anciens et le manque de repère pour ces derniers.
  • Projet économique
               
Un projet agropastoral est en phase de démarrage (bœufs et agriculture). Trente personnes y travaillent, dont 22 hommes et 8 femmes d’un âgé plus ou moins avancé. L’objectif du promoteur est le repeuplement du village par les habitants vivant à Bongoville et à Franceville et qui sont sans emploi. Le revenu journalier est de 3000 francs cfa. Ce qu’il faut dire c’est que les villageois ne croient pas tellement à ce projet parce qu’il n’entre pas dans leurs préoccupations. Et d’ailleurs un jeune homme (18 ans) nous faisait comprendre qu’il allait arrêter de travailler et qu’il s’installer à Bongoville après la perception de son premier salaire.
           
Il est possible de s’appuyer sur de telles initiatives pour améliorer les conditions de vie des populations. On peut donc dire que ce projet peut être une opportunité pour le développement économique et social du regroupement à condition que les promoteurs soient d’accord pour une implication totale et participative à la gestion dudit projet par les différentes entités.
  • Activités économiques des villageois
               
Les villageois vivent de chasse, de pêche, de cueillette (Photo 32) et d’agriculture[8]. La chasse se fait par deux acteurs : les villageois eux-mêmes et les personnes qui viennent nuitamment de Bongoville et de Franceville. Cette situation agace énormément les villageois qui ne disposent d’aucun moyen de contrôle. Il arrive aussi que des gens de Bongoville ou de Franceville passent des commandes de gibier de brousse aux chasseurs du village. La pratique consiste à remettre un fusil et des cartouches à un chasseur résidant dans le village. Dans ce cas, le gibier est offert au propriétaire du fusil, qui procède à la vente du butin et un pourcentage de revenus issu de la vente est reversé au chasseur. Mais les chasseurs se jouent parfois de ces derniers en leur faisant croire qu’ils n’ont rien abattu.
           
Il faut préciser que la chasse se fait en grande partie dans la CFAD. Le nombre de pièges varie de 10 à 100 pièges par personne, ce qui nous paraît énorme pour ce petit village. Ils chassent surtout le sanglier et l’hérisson, qui causent des dégâts dans leurs plantations. En dehors des pièges pour gros gibiers, ils pratiquent des pièges pour oiseaux dans la savane.
           
Les résultats sont catastrophiques sur la faune aquatique). Mais la pêche n’est guère très pratiquée, elle semble être une activité marginale. La chasse appelle trois techniques : le pièges, le fusil et le filet. Cette dernière se fait à des moments précis de la vie du village : retrait de deuil, visite d’une personnalité politique et fête du 12 mars et du 17 août.
           
Les pièges sont très prisés. Il nous a été affirmé qu’une personne peut avoir jusqu’à 100 pièges. La technique consiste à faire une barrière et poser les pièges sur le passage des animaux. On peut imaginer la pression sur la faune. Et toutes ces techniques sont pratiquées dans le CFAD, la forêt la plus proche au village. A certaines périodes de l’année les hommes organisent des parties de chasse qui peuvent allez jusqu’à une semaine. Pendant cette période le butin sera fumé et soigneusement conservé et amené au village.
           
En plus de la chasse, nous avons noté la pratique de la vannerie. Le rotang est très utilisé par les femmes surtout pour la fabrication des paniers et des corbeilles. Un panier est vendu 3.000 à 5.000 francs l’unité en fonction de sa dimension et de ses motifs. Ces objets sont soit destinés à la vente, soit utilisés sur place par les villageoises. Mais l’âge de la population et les maladies constituent des freins à cette activité. Elles nous ont affirmé qu’elles ont du mal à récolter le rotang car ils sont obligés d’aller le récolter de plus en plus loin dans la forêt.
           
On relève aussi la fabrication des pilons et des mortiers. Un fabricant de pilons nous a affirmé qu’il en faisait parfois 5 à 10 qu’il allait vendre à Bongoville. L’unité est vendue à 1.000 francs au village et à 1.5OO francs en ville (Bongoville). Il en fabrique parfois pour 9.000 francs. On peut imaginer la pression sur l’essence servant à la fabrication des pilons. Il lui arrive parfois de fabriquer des mortiers vendus aussi dans le village (aux villageois et aux personnes de passage)[9] et en ville.
           
Les produits issus de la chasse ou de la pêche sont destinés essentiellement à l’autoconsommation. Une partie est vendue aux éventuels visiteurs. Le tilapia (carpe) est vendu 1OO francs cfa l’unité. Les techniques de pêche sont le filet, la ligne, les pièges ou la nivrée (cette technique consiste à écraser des poisons de pêche faits sur la base des feuilles ou de racines et à les rependre sur une portion du lac ou de la rivière).
      Sigles
        ITSAMANGHE : Agence pour la Recherche en soins traditionnels Pygmées, la protection des Plantes Médicinales du Gabon et la Promotion des valeurs Traditionnelles
          CIAM : centre d’Introduction, d’adaptation et Multiplication de matériel végétal.
            IGAD : Institut Gabonais d’Appui au Développement.
              IRAF : Institut de Recherches Agronomiques et forestières (CENAREST)
                IRSH : Institut de Recherche en Sciences Humaines
                CENAREST : Centre National de Recherche Scientifique et Technique
                FAO : Fond des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
                FIDA : fond International de développement agricole
       

      Article rédigé par M. Paulin KIALO, le 13/09/2007

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