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Articles - Consultation d'un Article La dissection anatomique dans le regard de l'ethnologue (2/3)
Un regard descriptif sur la profession
Nos informateurs (15) exercent leur profession dans les trois pays suivants : Suisse, France et Belgique. Ces trois contextes de référence font apparaître certaines différences. Déjà, leur profession porte des noms différents suivant les traditions nationales, mais qui recouvrent la même réalité. En Suisse, il est courant de parler de « préparateur en anatomie ». En revanche, en France, le terme de « technicien en anatomie » est plus fréquemment utilisé. Notre informateur belge évoque quant à lui le terme de « prosecteur ». Une différence existe toutefois entre préparateurs en anatomie et préparateurs en pathologie. En effet, alors que les premiers travaillent principalement dans les laboratoires des facultés de médecine et exercent la pratique de la dissection en vue de l’enseignement, les seconds ont pour principal lieu de travail l’hôpital, et plus précisément le département de médecine légale. Du reste, ces derniers ont recours à la dissection anatomique dans le seul but de déterminer les causes du décès : ils font ce qu’on appelle une autopsie. Encore un mot sur cette dénomination de « préparateur en anatomie » : le verbe « préparer » exprime déjà en lui-même le fait de mettre une chose en état de remplir sa destination ; il exprime aussi l’action de faire le nécessaire en vue d’une opération quelconque ; il fait état d’une activité qui va servir à autre chose.
Mais concrètement, que font ces préparateurs en anatomie dans leurs activités quotidiennes ? Quelles sont les tâches de leur « cahier des charges » et comment saisir leur discours ?
Définition de l’emploi type
Le préparateur en anatomie met en place des travaux pratiques d’anatomie dans un service d’anatomopathologie, c’est-à-dire qu’il s’occupe de la salle de dissection, des sujets anatomiques et de l’instrumentation. Par ailleurs, c’est à lui qu’il revient d’évacuer et de détruire les déchets biologiques et d’effectuer des prélèvements d’organes sur les corps. Ces organes, le préparateur les ordonne et les répertorie en fonction des besoins d’étude définis à l’avance. C’est aussi lui qui, d’une certaine manière, a la charge de l’organisation matérielle des travaux pratiques d’anatomie, principalement humaine. Chaque « pavillon » de service est sous la surveillance d’un préparateur en anatomie (avec parfois des aides) dont le travail contribue fortement à l’instruction des étudiants en médecine. Les préparateurs n’ont donc pas seulement à maintenir le « bon ordre » et à veiller à l’application des mesures de propreté et d’hygiène, mais ils s’attachent surtout à diriger les travaux de préparation en enseignant l’art de disséquer. Tout semble s’inscrire dans « une chaîne », un « cycle », un « circuit » où précisément les préparateurs travaillent en vue de la formation des étudiants qui à leur tour deviendront des médecins ou des chirurgiens. Il arrive que les étudiants viennent leur demander leur avis quand ils ne sont pas sûrs dans leurs recherches. Les préparateurs en anatomie sont donc amenés à passer de « table en table ». Ce « maintien de l’ordre » revêt une grande importance pour éviter que les leçons d’anatomie ne deviennent des « foires d’empoigne » . Leur présence sert à empêcher que des étudiants ne « jouent à la boucherie » avec les déchets de leurs préparations : « la bagarre de bidoche », comme ils l’appellent.
Le cahier des charges est relativement « lourd » pour le préparateur en anatomie. Car ce dernier - en plus de préparer les organes et les cadavres pour l’enseignement - doit encore faire tout un travail de maintenance : il est amené à entretenir du matériel, à préparer des blouses, aiguiser des couteaux, gérer les stocks, procéder à différents travaux de nettoyage. Avant même d’avoir le cadavre à leur disposition sous le scalpel, les anatomistes doivent résoudre le délicat problème de la corruption rapide de la chair - rendant impossible la dissection, celle-ci étant un art pathétique de l’éphémère, une lutte menée contre la détérioration de la chair. Il y a donc lieu de procéder à toutes les étapes de conservation des tissus, en recourant principalement à la méthode de l’embaumement. Grâce aux procédés artificiels de conservation, le même sujet pourra servir assez longtemps pour qu’il n’y ait pas d’interruption dans les exercices de dissection une fois commencés. D’ailleurs, au sujet de cette détérioration de la chair, l’auteur Piero Camporesi - dans son ouvrage intitulé « La chair impassible » (16) - s’est permis de faire une plongée dans un ensemble de représentations qui ont longtemps eu cours dans la sensibilité collective. Il nous rend attentifs au fait qu’il est aujourd’hui difficile de se rendre compte que l’un des problèmes les plus obsédants de la vieille société était constitué par le sentiment de la décomposition de la chair, par le cauchemar de la putréfaction universelle (17). Cet auteur met par ailleurs en exergue le fait que les techniques modernes de conservation des viandes, et en général des aliments (la surgélation surtout, l’action du froid et de la chaleur, l’exclusion de l’air qui bloque notamment le processus de fermentation), ont effacé de la mémoire sociale de nos contemporains les signes malodorants de la putréfaction animale, l’odeur nauséabonde de la corruption et le souffle répugnant de la décomposition corporelle. Aussi précise-t-il que pendant de longs siècles et même des millénaires, les techniques de la conservation des viandes furent identiques à celles de la conservation des cadavres (18).
Utilisation des corps dans les laboratoires d’anatomie
En fait, que fait-on à proprement parler de ces corps dans les laboratoires d’anatomie ? Ils y sont préalablement embaumés - pour stopper la putréfaction de la chair - et ensuite utilisés au fur et à mesure des besoins. Ils proviennent directement de l’institution communément appelée « don du corps à la science ». Ils seront par la suite entreposés dans des chambres froides et serviront en temps voulu soit à l’enseignement de l’anatomie aux étudiants en médecine, soit à des fins de recherches et d’utilisations chirurgicales. Il est en effet fréquent que des chirurgiens – quoique déjà formés - recourent à l’utilisation d’un cadavre afin de s’exercer à une opération chirurgicale difficile. Ainsi en est-il des diverses utilisations de ces corps dans le champ médical.
Compétences
Pour dire quelques mots sur l’encadrement professionnel, voire institutionnel, d’une telle profession, il faut d’abord reconnaître qu’il est relativement difficile de discuter du lieu même de sa formation, étant donné qu’elle s’apprend sur le tas, c’est-à-dire « en faisant » et « en regardant ». S’agissant de la Suisse et ce, jusqu’en 1994, aucun certificat n’était délivré pour qui exerçait ce type de travail. C’est seulement à cette date relativement récente qu’un office fédéral a pris l’initiative de mettre sur pied un diplôme de préparateur en anatomie et pathologie. C’est-à-dire qu’il existe désormais une sorte de cursus professionnel au terme duquel la passation d’un examen permet d’obtenir un certificat professionnel. A ce titre, bon nombre de préparateurs insistent sur le fait que ce diplôme n’est pas hautement souhaité par eux et ce, principalement en raison de leur âge relativement avancé. Qui voudrait en effet à cinquante ans, et même soixante ans, s’acharner encore à passer un examen pour obtenir un certificat professionnel, voire même « une simple petite attestation » ?
Pour mener à bien la tâche de préparateur en anatomie, les compétences suivantes sont nécessaires : avant toute chose, il faut avoir des connaissances approfondies en anatomie humaine, c’est-à-dire connaître les différents éléments qui composent le squelette et maîtriser les organes internes de manière générale ainsi que les différents tissus qui composent le corps humain. En d’autres termes, le préparateur en anatomie doit être à même de reconnaître les différentes pièces anatomiques nécessaires aux séances des travaux pratiques. Il est par ailleurs indiqué de connaître également les techniques d’analyse histologique, ainsi que l’appareillage requis pour l’embaumement et la conservation des pièces anatomiques : pompe, cuve à immersion, notamment. De plus, le préparateur en anatomie doit être au fait des règles d’hygiène et de sécurité, ainsi que des risques spécifiques liés à la nature des interventions et des produits utilisés. En effet, à l’instar des bouchers, des cuisiniers et des chirurgiens, la profession de préparateur en anatomie comporte certains risques, comme par exemple se piquer et se couper.
Techniques et enjeux
Les techniques utilisées actuellement dans les laboratoires d’anatomie sont en recherche constante de perfectionnement. Parmi les plus connues et surtout les plus récentes, il y a ce qu’on appelle « les techniques de plastination des tissus ». La seule mise au point de ces différentes techniques de plastination génère par ailleurs un vaste dispositif d’enjeux – financiers et économiques - à travers la planète toute entière : preuve en est la tenue d’un « Congrès International de la Plastination ». Toutefois, c’est surtout au niveau technique, instrumental et encore davantage au niveau pédagogique que se situent les principaux enjeux. Car il en va de tout l’édifice médical : de ces techniques va dépendre la nature de l’enseignement de la science anatomique. D’une certaine manière, ces nouvelles techniques permettent de repenser la notion de support d’apprentissage dans l’enseignement médical. Dans ce cas précis, le préparateur, tel un « apprenti sorcier », tente au mieux et souvent de manière expérimentale de trouver la formule qui viendra le plus efficacement s’inscrire dans les colonnes édifiantes de la science. Découvrir la composition « magique », affiner et préciser les composés chimico-physiques qui permettront de figer les tissus humains pour la nuit des temps : ainsi en est-il de cette « technique de plastination », dont la terminologie propre fait d’ailleurs référence à une apparence « plastique ».
Dans ce milieu technico-scientifique où régne pour ainsi dire « le froid de la particule », il se dégage toute une perception d’ensemble : des laboratoires « en pleine expérimentation » avec des budgets souvent modestes et des dispositifs techniques parfois douteux, des impressions de « bricolage étrange et inquiétant » de même qu’une certaine réminiscence du « Docteur Frankenstein » plane sur ce champ de l’anatomie.
Une profession d’intermédiaire
Les préparateurs en anatomie, inscrits dans un jeu de pouvoir, se situent entre deux catégories de personnes : d’une part, les étudiants en médecine, qui sont placés hiérarchiquement juste en dessous d’eux et, d’autre part, les professeurs des facultés de médecine, qui se situent à l’inverse au dessus d’eux. « Préparateur en anatomie » : une profession d’intermédiaire ; une profession d’entre-deux ; une profession de « faiseurs de liens ». Le préparateur en anatomie fait en quelque sorte le pont entre deux choses, entre deux états : entre la vie et la mort. Sa fonction est aussi celle de « dédramatiser les choses » et de « mettre dans la salle de dissection une ambiance sereine ». Dans ce champ sémantique du lien, toujours dans cette métaphore de l’entre-deux, de l’intermédiaire, on peut notamment inclure le corps car ce dernier dans son sens le plus concret, le plus pragmatique, désigne aussi l’espace compris entre la vie et la mort : « le rêve de tout prosecteur est de disséquer l’âme, car celui qui détient le secret de l’âme détient l’énigme de la vie et de la mort ». S’il est vrai que le corps est le lieu de la vie en l’homme, il n’en est pas moins le lieu de la mort. Et quand cet état survient, la chair de l’homme peu à peu « se décompose » et le corps finalement disparaît, jusqu’à n’être plus rien, le néant (19). L’âme, quant à elle, constitue l’énigme par excellence, le questionnement suprême de toute civilisation. Lancinante question qui traverse les esprits de toutes les cultures et ce, depuis les temps les plus anciens.
Intimité avec la mort, la chair et le sang
La représentation populaire du préparateur en anatomie comporte quelque chose de potentiellement effrayant qui va bien au-delà de la matérialité du métier lui-même. L’image du préparateur est masculine et présente un aspect sinistre : il travaille - nous l’avons dit - à la frontière entre la vie et la mort, l’humain et l’inhumain, les corps et les cadavres. D’un point de vue culturel, ces zones d’ambiguïté et de transition évoquent à la fois la fascination et l’horreur, le désir et la dissolution du sujet. Le cadavre a quelque chose d’horrifiant car il constitue une transition entre le matériel et le spirituel. Dans son livre « Les pouvoirs de l’horreur », Julia Kristeva a développé une théorie de l’abjection expliquant la relation au corps dans les cultures occidentales (20). Ni objet ni sujet, l’abject est décrit schématiquement comme étant la frontière imaginaire entre l’homme et l’animal, l’intérieur et l’extérieur, la vie et la mort, l’homme et la femme. Afin que le corps soit propre et net, ce qui est jugé sale doit être banni, transformé ou exclu. Et toujours selon Kristeva, le cadavre représente pour le sujet une « pollution » fondamentale, une menace externe. Ce qui explique mieux l’image potentiellement menaçante que peut présenter le personnage du préparateur en anatomie du fait de son intimité avec la mort, la chair et le sang.
En raison des particularités de leur profession, les préparateurs en anatomie font l’objet d’une discrimination. Ils se trouvent dans une situation que quelque chose disqualifie et qui les empêche d’être pleinement acceptés par la société. C’est peut-être cette attitude dépréciative de la société qui les pousse à déclarer : « notre métier est vivant ! » quand tout porte à croire le contraire. Certains préparateurs semblent vouloir faire passer une image idéalisée d’eux-mêmes, projetant d’autres éléments, alors que dans leur for intérieur, ils sont animés par une tout autre réalité qu’ils cherchent à masquer. Cette idée de « ne pas vouloir perdre la face » renvoie au concept de « stigmate » qui a été thématisé par l’auteur Erving Goffman.
Lors de la réunion officielle de « l’Association Suisse des Préparateurs en Anatomie et en Pathologie » (21)(ASPAP) qui s’est tenue le 23 septembre 2000 à Zürich et à laquelle a participé l’auteure, d’autres facettes de cette profession ont été verbalisées. A cette occasion, les préparateurs discutant entre eux de leur profession, insistaient beaucoup sur le côté « pesant » et « délicat » de leur travail : « c’est quand-même assez compliqué comme métier, c’est assez lugubre… finalement… c’est déprimant comme métier » (…) « C’est vrai qu’on ne l’a pas ce contact humain avec nos corps morts… c’est du neutre ». Ainsi regroupés entre collègues, les préparateurs parlaient plus librement et échangeaient entre personnes de même rang les sentiments les plus sincères sur leur réalité quotidienne. Ils n’avaient pour ainsi dire pas à répondre à des questions « embarrassantes » et pouvaient s’exprimer ouvertement et sans censure au sujet des difficultés réelles de leur profession. Il en ressort que l’on peut postuler l’existence d’une interface entre d’une part une exigence dans des gestes très concrets et d’autre part, une réalité psychologique : en effet, il y a toujours une imbrication délicate et difficile entre le « faire » et le « dire », le geste et la parole, l’acte et la conscience ; et finalement entre l’enquêteur et l’enquêté.
Nos informateurs s’empressent de nous dire : « Il n’y a donc pas lieu de trop dramatiser ! » (…) « C’est un métier comme un autre ! » ; « notre métier n’est pas si particulier que ça, on dissèque des corps… comme d’autres font du pain… comme d’autres travaillent sur ordinateur… ». Et là, l’ambiguité prend toute son ampleur… car en effet, de profession « particulière », nous arrivons au final à une « profession comme une autre ». Les préparateurs en anatomie éprouvent le sentiment d’être des personnes semblables à toutes les autres et, à ce titre, rejettent l’idée d’exercer une profession différente. Cette insistance à alléguer leur normalité indique pourtant clairement qu’un stéréotype très fort est rattaché à leur profession. Et tout porte à croire que l’on est en présence d’un phénomène d’exclusion, voire de marginalisation sociale. D’ailleurs, les préparateurs se savent « discréditables » et ont tout à fait conscience du fait que la société leur réserve une attention particulière parce qu’ils côtoient la mort dans ses aspects considérés comme les plus « polluants ».
Toutefois, il leur arrive aussi de se « glorifier » de leur proximité avec la mort. Parlant justement de l’image extérieure qui semblait leur être attribuée, un préparateur en anatomie livre avec une certaine fierté qu’il est au bénéfice d’un « salaire de ministre ». Et cette remarque prend ici tout son sens lorsqu’on la relie avec une citation de l’anthropologue Louis-Vincent Thomas. Ce dernier considère que « les métiers de la mort sont à la fois enviés et redoutés en raison de l’ambivalence qui s’attache au trépas » (22). On ne sait si cette représentation est véritablement au cœur d’un certain regard extérieur, comme si le fait de travailler avec la mort rapportait gros, néanmoins cet attribut supposé à l’égard du salaire contraste finalement avec la réalité d’un salaire tout à fait normal, voire modeste. En tous les cas, cela leur permet de compenser pour un instant leurs actes « discrédités » par des paroles « valorisantes ».
Relations de pouvoir et identités
Malgré sa position sociale relativement basse, le préparateur en anatomie jouit tout de même d’un certain pouvoir, il est en quelque sorte comme un « Dieu à rebours ». Ces corps promis au néant de la décomposition, il en fait des pièces détachées, des objets malléables, découpés au scalpel qui prennent des traits morcelés, profondément divisés, désarticulés. De tout cela, et d’une certaine manière du sort final du cadavre, il est le seul à décider. On pourrait dire de lui qu’il est une sorte de maître de l’au-delà, c’est là que réside à notre sens son véritable pouvoir.
Mais ce pouvoir n’est-il pas en définitive très relatif ? Il exerce bel et bien un pouvoir sur le corps, une force sur la matière en elle-même, mais ce rapport et cette opposition entre des forces opposées, actives et passives, demeurent. Il y a lieu de faire la distinction entre celui qui agit, c’est-à-dire le préparateur en anatomie, et celui sur qui on agit, en l’occurrence le cadavre, ce corps privé de vie. Toutefois, prêter au préparateur un certain pouvoir semble moins évident dans la hiérarchie professionnelle : il n’agit qu’en fonction d’une tâche à accomplir, il est un maillon d’une chaîne professionnelle, dans le système médical, scientifique et technique. Préparateur en anatomie est avant tout un travail « manuel », un travail « d’exécutant », « d’assistant », « d’opérateur technique ». D’ailleurs, si nous nous référons au texte des entretiens: « Nous, on est là pour seconder, pour donner un coup de main ». (…) « Parce que nous, on n’est pas au courant des grandes décisions, nous on est des petits préparateurs… qu’on suit à la baguette ! ».
Dans la même idée, les préparateurs n’hésitent pas à reprendre à leur compte les attitudes dévalorisantes de la société. Le travailleur stigmatisé est tout à fait conscient des attitudes de « rejet » à son égard car il les a intériorisées. A plusieurs reprises, il apparaît que les préparateurs ont une image relativement négative de leur place ; une image dans tous les cas modeste de leur position sociale. Ainsi, parlant de ses rapports avec les étudiants en médecine, l’un de nos informateurs disait la chose suivante: « Ils doivent quand même nous considérer comme pas grand-chose…On sait toujours que quand ils arriveront très haut dans la hiérarchie, ils nous oublieront complètement… c’est déjà arrivé ! » (…) « Ils doivent quand même nous prendre d’assez haut, parce qu’ils ont quand même fait des études pendant plus de sept ans… ».
Itinéraires professionnels et récits de vie
Il est vrai que chaque histoire de vie est unique. Les constantes et les variations qui apparaissent dans les itinéraires professionnels ne peuvent donc être dégagées au travers des différents récits que progressivement, au fil de l’analyse. Il convient en outre de ne pas oublier que chaque récit est une reconstruction de l’informateur, reconstruction tout autant valable pour l’ethnologue. Cette restructuration va dès lors transformer le récit d’origine, ce dont il faut rester conscient.
En interrogeant des préparateurs notamment sur leur entrée dans la profession, l’auteure a entendu les anecdotes suivantes : deux d’entre eux ont dit que sur une trentaine de personnes qui s’étaient présentées pour ce poste, il y en avait déjà environ vingt-cinq qui avaient aussitôt renoncé en disant : « non, ça, c’est pas pour moi… je me retire ! ». Un préparateur nous explique comment s’est déroulé son « rituel de la première fois ». Pour savoir s’il allait être pris, il a dû faire deux jours d’essai dans un laboratoire d’anatomie. Avec une forte charge d’émotion, il raconte que « pour faire ses preuves », il a dû « couper une tête sur un cadavre frais… » (…) « Alors, je l’ai fait, j’ai pris la scie… et je l’ai fait comme si j’étais allé m’acheter un coca au distributeur et là, c’était exactement pareil ! » (…) « Je l’ai fait presque naturellement et ça, ça m’a beaucoup surpris ». Un autre préparateur nous fait part d’une anecdote concernant ses débuts dans la profession : « Et bien là, je crois qu’il y a un humour qui s’installe dans ces professions… qui fait qu’on passe au-dessus de toutes ces choses » (…). « D’ailleurs, je me rappelle un des premiers contacts qui m’avait fortement étonné… la première fois qu’on avait désossé un corps... » (…) « C’était la première fois que je faisais cela… » (…) « On avait le corps entre deux avec mon collègue et on était en train de discuter et on parlait de comment il allait installer sa maison… de comment il allait situer tout ça… et puis, à un certain moment, il essayait de m’expliquer où se situait son garage… et comme je ne comprenais pas très bien, il a cherché une feuille et un stylo-bille pour m’expliquer… et comme il n’y avait rien à proximité, il a d’un geste tout à fait naturel pris la jambe, pris le bistouri… et a commencé à m’expliquer sur la cuisse… donc sur la chair… l’emplacement de son garage… et je suis resté assez stupéfait devant cette chose… comment ce type pouvait comme ça… saisir une jambe d’être humain… et commencer à tailler dans le vif pour essayer de m’expliquer où était son garage... » (…) « Non, je dois avouer que le soir, quand j’ai expliqué cela à mon épouse… c’était assez surprenant ». Il ajoute : « Mais maintenant, je comprends parfaitement qu’on puisse ainsi franchir ce pas et finalement utiliser le corps humain… comme le gars… qui utilise son ordinateur ou comme un autre qui peut utiliser sa clé de 12 pour démonter un moteur… ».
Cela dit, tous les préparateurs interrogés tiennent à préciser que « tout se passe en restant très respectueux des gens que l’on traite… ». La dimension du respect et de l’éthique sont fréquemment évoqués par nos informateurs. Dans tous les cas, il est clair que les personnes interrogées tenaient fortement « à être pris[es] pour cet emploi ». C’était donc « une sorte de défi » qu’il fallait tenir pour « entrer sur le marché du travail » - selon eux. Il n’est pas inutile de rappeler que la plupart des informateurs précisent avoir souffert de « délocalisation », de « restructuration » et surtout de « chômage » : un chômage que certains ont vécu sur une « longue durée » et qui, plus que toute autre chose, les avait préalablement mis en marge de la société. « On a beau dire, mais c’est important d’avoir une place dans la société et ça, être préparateur… c’est déjà d’avoir un travail reconnu… » (…) « On a besoin d’être reconnu dans la société… car quand tu n’as pas d’emploi, tu te sens inutile… et ça, c’est pas facile à reconnaître… au bout d’un moment, le chômage c’est pesant, car t’es quand même en marge de la société … ».
Les préparateurs en anatomie affirment tous qu’ils n’avaient « jamais pensé faire ce métier » et certains ne savaient d’ailleurs même pas « qu’il existait » ; ils disent qu’ils n’ont jamais été « carriéristes » dans leur vie et parlent des bancs d’école où ils avaient horreur des théories. Préférant de beaucoup les métiers « manuels », ils ont tous la particularité d’avoir « touché à tout » dans leur vie professionnelle.
Cette profession de préparateur en anatomie ne constitue pas l’ombre d’une vocation pour les principaux intéressés. Ils déclarent ente autres: « dans ce travail, j’y suis par la force des choses », « mon travail, je le prends pour gagner ma vie ; je l’fais pour gagner ma croûte », « je ne suis pas aussi passionné que ça, par ce boulot », « ce n’est pas une vocation… En fait, j’ai été parachuté dans ce métier par ma naissance… C’est parce que j’ai vu la mort de très près sans la comprendre tout à fait… ». Dans la même idée, un autre préparateur interrogé dira au sujet de son entrée dans la profession que c’est « son oncle » qui l’avait « introduit dans le circuit, dans la profession ». « Etant donné que mon oncle travaillait dans le secteur des pompes funèbres »… - une branche similaire car l’activité principale est tout autant liée à la manipulation des cadavres. Il explique que c’est une profession où il avait « commencé par travailler… dans le lieu du deuil et des familles », avant de rejoindre ensuite, « quelques sept années plus tard, la faculté de médecine », dans un lieu peuplé d’étudiants, et de « corps » cette fois non plus entiers, mais « en morceaux ». Est-ce donc une profession dans laquelle « on tombe », comme on tombe dans un trou ? A bien noter que cette expression peut tout aussi bien dénoter la « chance » que l’on peut rencontrer à un moment donné de sa trajectoire professionnelle. Dans le cas présent, selon les représentations de nos informateurs, c’est plutôt de l’ordre de l’« aubaine » car non seulement, « c’est un travail, mais encore un métier, et surtout, cela donne une place dans la société ». Ou encore l’expression révélatrice suivante : « J’étais demandeur d’emploi et c’est le hasard… » (…) « Moi j’appelle ça la providence… » (…) « C’est ce qui m’a permis de tomber sur cette offre-là ».
Dans l’analyse des différents parcours des préparateurs, il apparaît souvent que c’est une situation de la vie qui s’est mise en place pour amener peu à peu la personne dans le lieu même de cette profession. Quel portrait pourrait-on faire du préparateur en anatomie ? Tout d’abord, en ce qui concerne son itinéraire professionnel : il est très fortement chaotique et cette caractéristique est attestée par tous les préparateurs interrogés. En outre, suite à l’énumération des différentes professions exercées (23), il est possible de procéder à des recoupements, faisant apparaître des similitudes. Dans la plupart des cas on retrouve une même configuration, un même parcours de vie. Le préparateur en anatomie se définit de manière générale comme une sorte de « touche-à-tout » ; il en est pour preuve la liste des fort nombreuses professions qui ont été exercées par les informateurs de l’auteure au cours de leur vie et dont le parcours professionnel est aussi révélateur que sinueux :
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mécanicien dans différents secteurs
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employé dans les pompes funèbres
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secouriste
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masseur sportif
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charcutier
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boucher
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animalier
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ambulancier
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incinérateur pour animaux
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ouvrier d’usine
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infirmier en psychiatrie
Il y a manifestement une corrélation entre le corps et la mort à travers toutes ces professions, que ce soit un travail sur le corps humain ou bien sur le corps animal. On retrouve fréquemment deux éléments caractéristiques : d’abord, il y a cet acte de la découpe qui revient toujours, puis la récurrence de la connaissance anatomique du corps (humain ou animal). On remarque qu’il est souvent question de cette phase « liminale », de cette zone d’incertitude et de passage, cet espace d’intermédiaire, d’entre-deux, d’ambiguïté inscrite à mi-parcours entre le sacré et le profane, entre la vie et la mort. Ces professions sont d’une certaine manière symptomatiques d’une position marginale dans le vaste réseau du marché du travail.
« Intégrer le système et y rester… », voilà une expression que les informateurs ont utilisée très fréquemment pour évoquer la spécificité de leur itinéraire. Comme un travail de recherche est un lieu de questionnement permanent, nous soumettons ici une de nos interrogations : en effet, tandis que les chirurgiens défendent un milieu professionnel privilégié et par conséquent désirent l’entretenir, les préparateurs en anatomie, quant à eux, tendent-ils à changer de métier dès que cela leur est possible ? Quand ils le peuvent, souhaitent-ils s’échapper de cette réalité professionnelle pour le moins pesante ? C’est là une question cruciale à laquelle on peut répondre par la négative car ils emploient des locutions qui désignent toutes cette même idée : « un chemin à suivre », « un sentier dans lequel on se rallie », « un circuit que l’on intègre ». Ou encore : « Une fois que tu as intégré le système, tu y restes » - lance spontanément un préparateur en anatomie, et toujours dans la même idée : « Un préparateur, une fois qu’il est dedans, il y reste jusqu’à la fin », ou : « Voilà comment on a intégré le circuit » (...) « En tout cas, moi ça m’a permis de trouver un bon emploi à terme ». (…) « Bon, voilà, ça, c’est mon histoire, ça c’est ma vie… Mais maintenant, j’aspire à une bonne retraite ». (…) « Je suis au summum de mes espérances… [rires]… et je n’aspire qu’à la retraite ! »
Dans la majeure partie des cas, les préparateurs se sentent satisfaits de leur profession ; ils n’en auraient changé « pour rien au monde ». Cette profession leur est pour ainsi dire « tombée dessus » et ils ne lâcheront pas cette occasion si facilement. Voilà un des éléments qui ressort le plus fortement dans nos entretiens. Dans cette perspective, le fait que les préparateurs interrogés aient entre 45 et 65 ans conforte l’idée qu’ils veulent rester dans la profession : « pour le restant de mes jours » , « jusqu’à ma retraite ». Ils nous disent tous aussi « être enfin en paix… » (…), « enfin… après tout ce long parcours de vie, chaotique… je me retrouve avec un vrai travail, …stable, enfin une place quoi ». Ils se définissent comme « tranquilles », « pénards » ; « en tout cas, je ne risque pas de perdre mon job ». Assurément, dans cette profession, la concurrence n’est pas chose courante et la perte de l’emploi n’est pas préoccupante.
Toutefois, si cette profession apparaît tout d’abord sous ses aspects « pesants », elle comporte aussi beaucoup d’éléments positifs et engendre de nombreuses satisfactions. Sa coloration est moins significativement « morbide » qu’elle le paraît jusqu’ici. Ainsi, un préparateur reconnaît sur un ton enjoué que « cette profession est très vivante » (…), que « ce métier est très ouvert, très réceptif », et qu’il n’est « pas du tout solitaire, car on côtoie beaucoup d’étudiants ». Il dit ensuite : « mon métier, je le trouve très passionnant, car finalement c’est la découverte de l’être humain, c’est la découverte de soi-même… la découverte anatomique ». Capitalisation des connaissances Parmi les satisfactions personnelles engendrées par cette profession, un des informateurs de l’auteure insistait notamment sur l’idée suivante: « je peux enfin m’investir à fond, jusqu’à ma retraite, jusqu’à ma pension… ». Cela va aussi certainement de pair avec cette notion de pouvoir capitaliser ses connaissances, pour pouvoir en faire profiter ensuite d’autres personnes, et principalement les étudiants en médecine. Une notion intéressante ressort également, celle « de pouvoir diffuser, transmettre cette science acquise ». (…) Et le préparateur ajoute : « donc, ça veut dire que tous les efforts que je vais fournir ne seront pas vains… et que toutes les connaissances que je vais acquérir vont me servir enfin à quelque chose …». Pour préciser le contexte, disons que le préparateur en question avait - tout au long de sa carrière professionnelle - toujours eu le « malheur » de perdre son emploi, soit à cause de « délocalisations », soit à cause de « restructurations d’entreprises ». Il définit son travail comme un « emploi stable », un « emploi d’Etat », un emploi de « durée indéterminée ». Il exprime donc, à travers son emploi actuel de préparateur, son extrême satisfaction professionnelle de pouvoir s’investir, de pouvoir capitaliser des connaissances qui vont lui servir pendant longtemps. Nous l’avons dit plus haut, nos informateurs semblent tenir fermement à leur poste.
On remarque fréquemment dans les entretiens avec les préparateurs cette « volonté d’apprendre », cette « soif de connaissance », l’idée manifeste de vouloir « capitaliser l’acquis ». Cette soif de connaissance semble d’ailleurs tout à fait emblématique de la science anatomique. Il est précisément question de cette curiosité propre à l’homme, de cette quête qui s’étend au-delà de la surface de la peau, de cette entreprise coloniale dans le lieu même du corps… Les préparateurs interrogés insistent tous sur ce point révélateur de la connaissance qui ne cesse de s’étendre « vers toujours plus de précision », dans le descriptif, au même titre que dans le « détail » et la « finesse » de la découpe des tissus : « avec ce métier, on en apprend tous les jours… on apprend toujours autre chose » (…) « car le corps humain n’est pas parfait et il peut donc toujours y avoir une anomalie… et tout en disséquant, on arrive alors à voir ce qu’il y a de nouveau… » (…) « on a donc toujours quelque chose ou une autre technique à apprendre… » (…) « l’anatomie est très intéressante, car c’est tellement complexe et il y a toujours des choses à apprendre ».
Ainsi, du sens restreint de l’anatomie, on glisse peu à peu vers la représentation du corps dans sa globalité. Pour les préparateurs, en effet, cette représentation du corps se développe de façon relativement aiguë : « le corps humain, c’est quelque chose d’extraordinaire, car ça marche si bien » (…) « Tout fonctionne comme une fabrique chimique… c’est extraordinaire, formidable… avec la production d’hormones et tout… » (…) « Si vous pensez aux cellules qui se multiplient, c’est le vivant, c’est la vie ça » (…) « Moi, j’ai toujours aimé voir les choses, voir comment elles fonctionnent… », différentes formules qui s’apparentent à la vision d’un mécanicien ayant pour tâche de comprendre le fonctionnement des choses, la complexité, la précision et la finesse du détail. Le préparateur en anatomie est un « mécanicien du corps » qui regarde avant tout les composantes de la matière. Et ses diverses pièces, ses différents organes, ses tissus, il les « désassemble » pour les besoins de l’enseignement. C’est ce qui ressort d’une lecture anthropologique de cette profession. L’anatomie constitue un double regard sur le corps humain. C’est à la fois une recherche géographique du corps, dans laquelle on arpente les méandres cachés entre les tissus et les organes, et c’est aussi une recherche philosophique du corps. Les différents extraits de paroles cités montrent bien que cette profession de l’anatomie s’inscrit entre deux extrêmes : d’une part, pointant métaphoriquement « vers le bas », l’acte de la découpe proprement dite, la pratique de la dissection anatomique consistant à explorer l’intérieur du corps humain, d’autre part, pointant cette fois-ci « vers le haut », vers une symbolique de « grandeur », la contemplation de la complexité de l’organisme.
Symboliquement, la salle de dissection du préparateur en anatomie a pour caractéristique d’être un point de rencontre de plusieurs thèmes fondamentaux, un lieu où se trouvent parfaitement nouées les trois composantes essentielles que constituent le corps, la mort et la sexualité. L’allusion lancée à l’auteure, « Je vous dirai tout, si vous venez en porte-jarretelles ! », est un témoignage fort de l’étroite imbrication entre Eros et Thanatos, c’est une remarque qui fait prendre conscience de ce que les salles de dissection, tout comme les salles d’opération, sont des hauts lieux de badinage sexuel. Un exutoire qui est le rire Pour porter un dernier regard anthropologique, on observe en effet souvent dans ces professions, habitées l’une par l’agression redoutable de la mort et l’autre par le stress généré par l’opération chirurgicale, une tendance à favoriser une forme de rire car le climat d’angoisse et de tension demande forcément un exutoire. Le recours fréquent à la plaisanterie rappelle le lien qui se tisse entre la mort et l’émotion. Tout se passe comme si la peur et la répugnance étaient exorcisées par le rire. Des blagues souvent obscènes déclenchent alors un rire libérateur qui vient désamorcer la tension créée par une vision insupportable. Dans un premier temps, il peut en effet sembler curieux de dire que c’est un lieu de travail où « les plaisanteries fusent de toutes parts ». Néanmoins, il semble bien y avoir dans ce cadre de travail, une attitude spécifique à la mort, attitude qui s’installe aussi naturellement que le rire, sans porter atteinte au « respect du corps ». L’éthique est dans tous les cas toujours présente, ou plutôt toujours attestée par les préparateurs en anatomie. Mais les angoisses et les excès d’émotions sont tels qu’il faut pouvoir les canaliser, puis les libérer. Le rire est aussi un comportement humain qui permet de vaincre les peurs et les phobies. Comme constat final, il existe donc une forme d’humour ou plutôt d’« humour noir » qui s’installe dans ces professions en relation avec la mort ; et pour donner une dernière fois la parole à un préparateur en anatomie, « le rire, c’est précisément ce qui fait qu’on passe au-dessus de toutes sortes de choses ».
Notes :
(15) Les personnes interrogées se situaient dans une tranche d’âge comprise entre 40 et 65 ans. Parmi ces préparateurs - qui étaient pour la plupart des préparateurs en anatomie - un seul était à la retraite. Nous avons par conséquent davantage profité de sa longue expérience professionnelle pour lui poser des questions sur l’évolution et les changements occasionnés à l’intérieur de cette profession au cours de sa vie.
(16) CAMPORESI, Piero. 1986. La chair impassible. Paris : Flammarion.
(17) In CAMPORESI, Piero. 1986 : 188.
(18) In CAMPORESI, Piero. 1986 : 189.
(19) Au sujet de la « décomposition du corps », l’anthropologue Louis-Vincent THOMAS a consacré un ouvrage entier. Voir : THOMAS, Louis-Vincent. 1980.
(20) KRISTEVA, Julia. 1980. Les pouvoirs de l’horreur. Paris : Ed. du Seuil. Ajoutons au passage que dans ce même ouvrage, l’auteur Kristeva s’est principalement basée sur des observations de Mary Douglas pour formuler son postulat de l’abjection. Se référer à : DOUGLAS, Mary. 1971. De la souillure. Paris : Maspéro.
(21) L’«Association Suisse des Préparateurs en Anatomie et en Pathologie » (ASPAP) a été fondée en 1985 à l’instigation de certains préparateurs en vue de leur reconnaissance professionnelle. Une cinquantaine de membres y sont affiliés.
(22) In THOMAS, Louis-Vincent. 1980 :124.
(23) Nous ne les citerons toutefois pas toutes. Parmi ces emplois, certains n’étaient pas susceptibles d’un grand intérêt pour l’analyse.
Aline Baume © Copyright 2006
Article rédigé par Mme Aline Baume,
le 30/10/2006
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